Ceci n’est pas une métamorphose...

Quelques mots sur le travail de Gilles Abegg autour de la Saison 17|18...

La saison dernière, nous avions évoqué le rêve en transformant les images réalisées pour illustrer l’ensemble des spectacles en visuels « abstraits », au moyen d’un procédé inédit : la confrontation entre nos modestes facultés de réflexion et celles, bien supérieures, des miroirs de toutes natures. Si le thème principal abordé cette année est la métamorphose, celui de la musique ibérique nous a naturellement conduit à consacrer à la péninsule notre périple hivernal, marqué non seulement par quelques étapes emblématiques, mais aussi par les limites du monde antique, ces colonnes d’Hercule qui annoncent déjà le nouveau monde, et les confins nordiques de l’Espagne du Siècle d’or. Le but de ce voyage n’était pas seulement de photographier des paysages. Il nous fallait en parallèle préparer le matériau nécessaire à l’élaboration d’images que nous voulions inspirées par les troublantes rencontres entre la peinture et la photographie.

Si la lumière des Flandres fait penser à Vermeer comme l’un des plus reconnus adeptes de la chambre noire, notre approche de la métamorphose s’est frayée un chemin à travers les révolutions artistiques plus récentes. La photographie naissante rencontre l’impressionnisme. La vision de la lumière, la perspective se transforment, le grain apparaît, la couleur est réinventée, l’instantanéité du mouvement bouleverse le cadre, d’étranges similitudes se font écho entre « flouistes et nettistes », obsédés de technique et poètes de l’imprécision. Mais c’est avec le cubisme et le Surréalisme que photographie et peinture vont désormais se repaître de cette réciproque fascination, allant parfois jusqu’à s’imbriquer dans une même œuvre. Les images proposées cette saison sont autant de références, de clins d’œil, d’hommages aux maîtres du nord comme Magritte, Delvaux, Ernst, Bacon, et du sud, Dali, Picasso, Picabia, Gaudi qui nous ont si généreusement ouvert la voie.

Cette part de divertissement photographique a mobilisé, outre la patience et la disponibilité des modèles, le travail et la merveilleuse complicité de toute une équipe que je tiens à remercier chaleureusement. Je laisse à votre perspicacité le soin de distinguer entre les images composées en ayant recours à la magie numérique et celles relevant de la seule inventivité, au moyen d’une simple glace sans tain.

Tandis que la foule s’extasie des résultats prodigués par un smartphone en mode selfie, la métamorphose permanente est devenue une règle de survie chez le photographe qui s’entête à maîtriser un matériel devenu obsolète avant même qu’il n’en termine la lecture du mode d’emploi. Dans cette quête de l’inaccessible, laissons-nous guider par l’irrépressible bravoure de l’ingénieux Don Quichotte de la Manche, notre bien aimé guide de toujours.

Gilles Abegg Photographe en résidence