Édito 2016 | 2017

La saison 2016 2017 de l’Opéra de Dijon sera celle du rêve, de la fable, du conte, du merveilleux, de l’ailleurs. Pour cette 9e saison, c’est à un nouveau voyage musical auquel vous êtes conviés. Nous avons exploré ensemble l’Europe de Londres à Istanbul, de Venise à la Scandinavie, des capitales de la Mitteleuropa à Moscou, et c’est désormais à une aventure différente que vous êtes invités pour la prochaine saison. La fable est aux origines de l’opéra. La favola in musica, est une histoire, un récit, qui incite, par le mythe à l’imaginaire : l’Orfeo se voit miroir du monde, microcosme qui doit refléter l’univers tout entier. Et c’est à Orphée qu’il appartient in fine de réenchanter le monde. La nouvelle production de l’Orfeo de Monteverdi, oeuvre majeure pourtant présentée pour la première fois à Dijon, grâce à Yves Lenoir et aux Traversées Baroques, partira à la recherche d’une nouvelle incarnation du mythe, indissociable de la naissance même de l’opéra. Pas moins de trente-huit œuvres lyriques lui furent consacrées (des années 1600 aux années 2000), et il nous fallait aussi rendre hommage à celle de Gluck, dans sa trop rare version française de 1774 : Maëlle Poésy, jeune metteuse en scène au talent théâtral confirmé (Candide présenté à Théâtre en mai en 2014), révélera les subtilités de cette oeuvre aux côtés d’Iñaki Encina Oyón. Presque deux siècles séparent les deux oeuvres, comme deux visions du monde d’alors, de ses interrogations sur lui-même. Et nous, que nous apprennent- ils ?

De mythe, la Flûte enchantée, dernier opéra de Mozart, en est un en soi. Pourtant ce chef d’oeuvre n’a été présenté que 14 fois depuis 1828 à Dijon, et jamais intégralement dans sa langue originale, en allemand. Christophe Rousset et les Talens Lyriques seront un écrin et un partenaire musical d’exception pour une distribution de haute lignée que David Lescot, metteur en scène rêvé pour son intelligence du plateau, rendra proche de nous et des questionnements de notre monde. Car la quête initiatique de Tamino et Pamina n’est finalement que la nôtre, elle raconte celle de notre construction d’hommes et de femmes, dans un monde dont on ignore parfois les codes, que l’on cherche à (re)construire. Elle nous met en garde, d’abord contre nous-mêmes, en espérant que ce qui nous vient de l’Autre et de la fraternité nécessaire envers lui, ce monde soit différent.


Cette quête fut aussi celle du Retour d’Ulysse dans sa patrie, pénultième opéra de Monteverdi qui nous soit parvenu. Pour révéler la fin du périple d’Ulysse et son retour mouvementé à Ithaque, Mariame Clément à la mise en scène et Emmanuelle Haïm à la tête de son Concert d’Astrée, avec les merveilleux chanteurs que sont Rolando Villazón et Magdalena Kožená dans les rôles d’Ulysse et Pénélope. Deux créations contemporaines (l’une de Moneim Adwan et l’autre de David Chaillou) font la preuve que le pouvoir de rêver et de s’inventer un monde, ou celui, par la fable, de construire le sien, ne sont pas réservés aux oeuvres des quatre derniers siècles mais sont bien vivants aujourd’hui : Kalîla wa Dimna, inspiré du recueil de fables arabes d’origine indienne éponyme où puisa La Fontaine pour ses fables, et Little Nemo, back to Slumberland d’après la légendaire série hebdomadaire du New York Times qui marque la naissance de la bande dessinée aux États-Unis avec Winsor McCay.


Les États-Unis et l’Amérique seront aussi de nouvelles escales musicales : vous (re)découvrirez les minimalistes américains grâce notamment au LSO dirigé par John Adams en personne, au Kronos Quartet et tant d’autres, vous partagerez l’esprit des compositeurs qui s’y sont exilés avec Les Dissonances et David Grimal, vous entendrez le swing sur instruments historiques avec Jos van Immerseel et Anima Eterna Brugge.

Si nous dépassons l’exploration de la géographie musicale de l’Europe, c’est pour mieux appréhender les valeurs, les idées, les rêves de ceux qui y vivent et la font exister et vibrer : les Européens. C’est donc naturellement sur ce thème que Gilles Abegg, photographe en résidence à l’Opéra depuis 2008, consacrera son travail ces trois prochaines années. Il a choisi de commencer là où est né l’opéra, l’Italie. Plus de cinquante ans ont passé depuis la publication de Cartier-Bresson, Les Européens, et presque un siècle depuis les travaux d’August Sander, et la publication de Antlitz der Zeit : il nous paraissait pertinent de faire un hommage à ces grands maîtres de la photographie et de montrer les visages d’Européens d’aujourd’hui.

Enfin, c’est avec joie que nous célébrerons le retour de la danse : le Ballet du Grand Théâtre de Genève — pour une chorégraphie de Joëlle Bouvier d’après Tristan et Isolde —, le Ballet de l’Opéra national de Lyon — qui proposera deux pièces fantastiques de Merce Cunningham et Lucinda Childs, et les danseurs de Rachid Ouramdane, ainsi que quatre spectacles qui sont programmés en partenariat avec le festival Art Danse. Avec 8 nouvelles productions lyriques, 40 concerts, 7 spectacles de danse, c’est donc une saison particulièrement riche qui s’offre à vous.

Et, nouveauté cette saison, nous présentons plus de 12 spectacles sur le temps scolaire, afin de permettre à tous et aux plus jeunes, de découvrir l’art lyrique et la musique. En transatlantique, en tapis volant, avec votre meilleur oreiller, à pied, à cheval, en bateau à voile, en tram, venez vivre le rêve éveillé de la saison 2016 2017 !


Laurent Joyeux
Directeur général & artistique